Pour calculer un salaire brut net en Suisse, on retire du brut les cotisations sociales obligatoires. À la charge de l'employé : AVS/AI/APG (5,3 %), assurance-chômage (1,1 %), LPP (2e pilier, variable selon l'âge) et l'assurance-accidents non professionnels (souvent 1 à 3 %). Au total, un salarié touche en général 80 à 90 % de son salaire brut. Le taux exact dépend de l'âge, du canton et de la caisse de pension. Pour les frontaliers, il faut ajouter l'impôt à la source dans certains cantons.
Tu vises un poste en Suisse et une offre affiche 6 000 CHF par mois. Bonne nouvelle, sauf que ce chiffre est un salaire brut. Ce qui arrive vraiment sur ton compte est plus faible, et l'écart peut surprendre quand on vient de France, où la fiche de paie fonctionne autrement. Comprendre comment on passe du brut au net te permet de négocier juste, de comparer deux offres et de savoir ce que tu vas réellement gagner.
Dans cet article, on décompose chaque déduction, on prend un exemple chiffré, et on traite le cas des frontaliers français, qui obéit à des règles fiscales à part.
Brut, net : de quoi parle-t-on exactement ?
Le salaire brut est le montant convenu dans ton contrat, avant toute retenue. C'est le chiffre que tu vois dans une annonce et que tu négocies en entretien.
Le salaire net est ce qu'il reste une fois retirées les cotisations sociales obligatoires. En Suisse, ces cotisations sont partagées entre l'employeur et l'employé : chacun paie sa part. La fiche de paie ne montre que la part employé, celle qui réduit ton net.
Un point important pour qui vient de France : en Suisse, l'impôt sur le revenu n'est en général pas prélevé à la source pour les résidents. Tu reçois ton net, puis tu déclares et paies tes impôts séparément, une fois par an. Les exceptions sont les étrangers sans permis C et les frontaliers, sur lesquels on revient plus bas.
Quelles sont les déductions entre le brut et le net ?
Voici les cotisations retenues sur le salaire de l'employé. Les taux AVS/AI/APG et assurance-chômage sont fixes et identiques dans toute la Suisse ; les autres varient.
| Déduction | Ce que c'est | Part employé |
|---|---|---|
| AVS / AI / APG | 1er pilier : retraite de base, invalidité, allocations | 5,3 % du brut |
| AC (assurance-chômage) | Indemnités en cas de perte d'emploi | 1,1 % du brut |
| LPP (2e pilier) | Prévoyance professionnelle, retraite complémentaire | variable selon l'âge |
| AANP | Assurance-accidents non professionnels | souvent 1 à 3 % du brut |
Le poste le plus variable est la LPP. Elle ne se calcule pas sur tout le salaire, mais sur le « salaire coordonné » : le salaire brut annuel diminué d'une déduction de coordination de 26 460 CHF en 2026. Sur cette base, le taux de cotisation monte avec l'âge : environ 7 % du salaire coordonné entre 25 et 34 ans, 10 % entre 35 et 44 ans, 15 % entre 45 et 54 ans, puis 18 % de 55 ans à la retraite. Cette cotisation est partagée au moins pour moitié avec l'employeur. Conséquence concrète : à salaire égal, un employé de 50 ans a un net plus bas qu'un employé de 30 ans, parce que sa cotisation LPP est plus élevée.
C'est aussi pour cette raison qu'il n'existe pas de « taux net » universel en Suisse. Ton net dépend de ton âge, de ta caisse de pension et de ton canton.
Combien reste-t-il vraiment ? Un exemple chiffré
Prenons un salarié de 30 ans, célibataire, avec un salaire brut de 6 000 CHF par mois. Voici un calcul indicatif des retenues sociales (les montants LPP et AANP dépendent de la caisse, donc à considérer comme un ordre de grandeur).
| Élément | Montant mensuel |
|---|---|
| Salaire brut | 6 000 CHF |
| AVS / AI / APG (5,3 %) | −318 CHF |
| Assurance-chômage (1,1 %) | −66 CHF |
| LPP (2e pilier, ~7 % du salaire coordonné) | environ −220 CHF |
| AANP (~1,5 %) | environ −90 CHF |
| Salaire net estimé | environ 5 300 CHF |
Dans cet exemple, l'employé conserve à peu près 88 % de son brut, mais le chiffre baisse avec l'âge à cause de la LPP. Sur l'ensemble des profils, la fourchette réaliste est de 80 à 90 % du brut pour un résident. Retiens surtout la méthode : brut, moins les cotisations sociales à la charge de l'employé, égale net. L'impôt vient après, séparément.
Et le 13e salaire, ça change quoi ?
Beaucoup d'offres suisses mentionnent un « 13e salaire ». C'est un mois de salaire supplémentaire versé sur l'année, souvent en décembre. Deux façons de l'annoncer coexistent, et il vaut mieux poser la question en entretien pour comparer les offres correctement.
- Salaire annuel présenté sur 13 mois. Si une offre affiche 78 000 CHF par an « x13 », le salaire mensuel est de 6 000 CHF (78 000 ÷ 13), et tu reçois un 13e versement équivalent.
- Salaire mensuel présenté seul. Si l'offre indique 6 000 CHF par mois avec 13e salaire, ton total annuel brut est de 78 000 CHF.
Le 13e salaire est du brut : il subit les mêmes cotisations sociales que le reste. Il ne fait pas « exploser » ton net, mais il compte beaucoup dans la comparaison de deux offres, surtout si l'une est sur 12 mois et l'autre sur 13.
Le net d'un frontalier français est-il calculé différemment ?
Si tu habites en France et travailles en Suisse, deux règles s'ajoutent au calcul brut/net.
L'impôt à la source. Il dépend du canton où tu travailles. Un accord de 1983 couvre huit cantons (Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura) : dans ces cas, tu n'es pas imposé en Suisse mais en France, sur ton revenu suisse. En dehors de cet accord, notamment à Genève, à Zurich ou au Tessin, l'employeur retient l'impôt directement sur ton salaire, selon un barème cantonal qui tient compte de ta situation familiale. Concrètement, un frontalier à Genève voit son net amputé de l'impôt cantonal sur la fiche de paie, ce qui n'est pas le cas d'un frontalier travaillant dans le canton de Vaud.
L'assurance maladie. Elle n'apparaît jamais sur la fiche de paie suisse, mais elle pèse sur ton budget réel. En tant que frontalier, tu disposes d'un droit d'option à exercer dans les trois mois suivant ta prise de poste : assurance suisse (LAMal frontalier) ou sécurité sociale française. Ce choix ne change pas ton salaire net, mais il change ce qu'il te reste à la fin du mois.
Pour un frontalier, le « net sur la fiche de paie » et le « net réellement disponible » ne sont donc pas identiques. C'est un point à intégrer avant d'accepter un poste.
Pourquoi le calcul brut/net compte-t-il pour ta candidature ?
Connaître ces mécanismes te sert dès l'entretien. Quand un recruteur suisse parle de salaire, il parle toujours en brut annuel. Répondre avec une attente en net, ou en mensuel « à la française », brouille la discussion et peut te desservir. Savoir traduire une offre en net réel te permet aussi de comparer deux propositions sans te tromper.
Une candidature solide ne s'arrête pas à ces chiffres : elle passe d'abord par un CV et une lettre calibrés aux codes suisses. C'est précisément ce que fait candidat.app, qui adapte ton dossier à chaque offre à partir de ton vrai parcours, sans rien inventer. Pour aller plus loin, lis aussi notre article sur la longueur d'un CV en Suisse et sur le fonctionnement des logiciels de tri ATS.
En résumé
Pour passer du brut au net en Suisse, on retire les cotisations à la charge de l'employé : AVS/AI/APG (5,3 %), assurance-chômage (1,1 %), LPP (variable selon l'âge, calculée sur le salaire coordonné) et assurance-accidents (souvent 1 à 3 %). Résultat : un salarié conserve en général 80 à 90 % de son brut. Le taux exact dépend de l'âge, du canton et de la caisse de pension, et l'impôt sur le revenu se paie à part, sauf pour les frontaliers et certains permis. En entretien, raisonne toujours en brut annuel, tiens compte du 13e salaire, et n'oublie pas l'impôt à la source si tu es frontalier.
FAQ
Quel pourcentage du salaire brut touche-t-on en net en Suisse ?
En général entre 80 et 90 % du brut pour un résident, une fois toutes les cotisations sociales retirées. Le chiffre exact dépend de ton âge (à cause de la LPP), de ta caisse de pension et de ton canton. Pour un frontalier imposé à la source, il faut aussi soustraire l'impôt cantonal.
Pourquoi mon net baisse-t-il quand je vieillis, à salaire égal ?
À cause de la LPP, le 2e pilier. Le taux de cotisation augmente par tranche d'âge, d'environ 7 % du salaire coordonné vers 25-34 ans à 18 % dès 55 ans. Plus tu avances en âge, plus ta cotisation retraite est élevée, donc plus ton net baisse à salaire brut identique.
L'impôt sur le revenu est-il déjà retiré de mon salaire net en Suisse ?
Pour un résident suisse avec permis C ou de nationalité suisse, non : tu reçois ton net, puis tu déclares et paies tes impôts séparément. Pour les étrangers sans permis C et pour les frontaliers de certains cantons, l'impôt est prélevé à la source directement sur la fiche de paie.
Le 13e salaire est-il imposé et soumis aux cotisations ?
Oui. Le 13e salaire est un salaire brut comme les autres : il subit les mêmes cotisations sociales et entre dans ton revenu imposable. Il augmente ton total annuel, mais ne modifie pas ton pourcentage net/brut.
Un frontalier français a-t-il le même net qu'un résident suisse ?
Pas tout à fait. Les cotisations sociales suisses sont les mêmes, mais le frontalier ajoute soit un impôt à la source (à Genève, Zurich, Tessin), soit une imposition en France (cantons de l'accord de 1983, dont Vaud), plus le choix de son assurance maladie. Son net réellement disponible dépend donc du canton et de sa situation.
